30e anniversaire de la disparition d’Arthur Giovoni : un héros de la Résistance corse

Rédigé le 19/01/2026
Cità d'aiacciu

Umaghju à Arthur Giovoni, sò 30 anni ch’ellu hè sparitu stu eroi di a Resistenza corsa

Dans la série des hommages rendus aux anciens maires d’Ajaccio, après Pascal Rossini (1919-1975) et Marc Marcangeli (1939-2005), ce début d’année 2026 correspond, avec la date du 19 janvier, au trentième anniversaire de la disparition d’Arthur Giovoni (19 janvier 1996).

Figure majeure de l’histoire de la Corse contemporaine, Arthur Giovoni est reconnu pour son engagement en faveur de la liberté et sa contribution décisive à la libération de la Corse en 1943. Même si ce Compagnon de la Libération n’exerça la fonction de maire d’Ajaccio que durant deux années, de 1945 à 1947, son mandat coïncide avec le début d’une nouvelle ère pour la ville.

Un intellectuel au service de la liberté

La Résistance n’était pas seulement un combat militaire : elle fut aussi un combat mené au nom de valeurs fondamentales qui fondent l’humanité. Parmi les illustres résistants corses, Arthur Giovoni fut l’un des grands témoins de cette période cruciale pour l’avenir de la France et de la Corse.

Lors d’un hommage rendu à ses compagnons de lutte, un demi-siècle après la libération, dont certains avaient payé de leur vie cet engagement, il  rappela l’essence même de leur combat en ces termes : « Ce que je crois pouvoir dire sans trahir leur pensée, parce que j’ai connu la plupart d’entre eux, c’est que leur combat était un combat pour que la Corse reste française. Et deuxièmement, leur combat pour la démocratie et la liberté, c’était un combat pour les droits de l’Homme, pour la Révolution française à laquelle la Corse a adhéré librement le 30 novembre 1789 ».

Tout au long de sa vie, Arthur Giovoni n’a jamais cessé de s’adresser à la jeunesse et d’évoquer le souvenir d’une époque douloureuse : « Veillez à ce que jamais nous n’ayons à revivre ce que ces résistants et ces déportés ont vécu ».

Né le 6 octobre 1909 à Moca-Croce, Arthur Giovoni grandit dans une famille d’instituteurs qui lui transmit le goût de l’instruction et des valeurs républicaines. Brillant élève au lycée Fesch, il poursuivit ses études à la faculté d’Aix-en-Provence où il obtint une licence ès Lettres et Philosophie en 1933. Après son service militaire dans l’infanterie en 1935, il devint professeur de Lettres à Bastia, puis à Ajaccio. Il se distingua également par son engagement syndical, participant à la création de l’Union départementale des syndicats en mai 1939, aux côtés du Parti communiste dont il était membre.

La guerre bouleversa cette trajectoire d’enseignant. Mobilisé en 1939, il participa à la campagne de France comme auxiliaire de la Marine, puis comme artilleur au 92e Régiment d’Artillerie. Démobilisé en juillet 1940, son passé politique lui valut d’être muté à Rodez, loin de sa Corse natale. Mais cette mise à l’écart ne brisa toutefois pas sa détermination : dès 1941, au lycée de Rodez, il organisa clandestinement le soutien aux enseignants révoqués par le régime de Vichy.

Artisan de la Résistance corse

L’été 1942 marqua un tournant décisif. Profitant des vacances, Arthur Giovoni constitua à Azilonu, dans le canton de Santa Maria Sichè, un premier noyau du Front national de Corse. En octobre 1942, menacé d’arrestation, il fit le choix du retour dans l’île et entra définitivement dans la clandestinité.

Lorsque les troupes italiennes occupèrent la Corse en novembre 1942, Arthur Giovoni devint l’une des chevilles ouvrières du Front national de Corse, fondé par Henri Maillot. Dans un contexte difficile, marqué par l’inexpérience et les divisions, il parvint à fédérer les patriotes résolus à combattre les armes à la main. Responsable de la propagande, il multiplia les tracts, y compris en italien, afin de semer le doute parmi les troupes d’occupation. Son action s’étendit progressivement tous les villages, touchant toutes les couches de la population insulaire.

Arthur Giovoni organisa des réceptions d’armes par parachutages et collabora étroitement avec le commandant de gendarmerie Paulin Colonna d’Istria, après l’arrivée clandestine de ce dernier, en avril 1943. Il prépara méthodiquement l’insurrection armée, établissant des contacts avec les éléments non fascistes des troupes italiennes.

La mission décisive d’Alger

A la fin du mois d’août 1943, alors que la Résistance corse s’apprêtait à déclencher l’insurrection à la suite du retrait italien de la guerre, Arthur Giovoni fut envoyé à Alger par la direction du Front national. Il était chargé d’une mission capitale : recevoir les consignes du Comité français de la Libération nationale (CFLN) sur la conduite à tenir à l’égard de l’administration de Vichy au moment des combats libérateurs. Le 5 septembre 1943, il embarqua clandestinement à bord du sous-marin Casabianca, emportant avec lui des renseignements stratégiques essentiels sur l’implantation des forces italo-allemandes en Corse.

Cette mission l’éloigna de l’île au moment même où éclataient les combats de la libération. Il ne regagna la Corse que dans la nuit du 13 au 14 septembre 1943, à bord du torpilleur Le Fantasque, aux côtés du nouveau préfet Charles Luizet. La Corse devint ainsi le premier département français libéré, une victoire à laquelle Arthur Giovoni contribua de manière déterminante. Il termina la guerre avec le grade de lieutenant-colonel des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

L’après-guerre : du combat politique au retour à l’enseignement

Avec la Libération, une nouvelle page s’ouvrit pour Arthur Giovoni. Maire d’Ajaccio de 1945 à 1947, puis député de la circonscription à l’Assemblée constituante et à l’Assemblée législative, de 1945 à 1956, il siégea dans les rangs communistes et fut membre du Comité central du Parti communiste français jusqu’en 1961. Son engagement parlementaire fut nourrie par son expérience de résistant et sa connaissance profonde des réalités corses.

En 1961, Arthur Giovoni choisit de quitter la vie politique nationale pour retourner à sa vocation première : l’enseignement. Il s’installa à Paris, où il exerça au lycée Paul Valéry jusqu’à sa retraite, transmettant aux jeunes générations les valeurs humanistes et républicaines qui avaient guidé son combat.

Un héritage pour la postérité

Arthur Giovoni s’éteignit le 19 janvier 1996 à Paris, à l’âge de 86 ans. Ses cendres reposent au cimetière du Père-Lachaise. Son parcours exceptionnel fut honoré par les plus hautes distinctions de la République : Chevalier de la Légion d’Honneur, Compagnon de la Libération par décret du 16 août 1944, et titulaire de la Croix de Guerre 39-45.

Trente ans après sa disparition, l’héritage d’Arthur Giovoni demeure pleinement d’actualité. Son engagement contre le fascisme, son courage face à l’oppression, sa capacité à rassembler au-delà des divisions, et son dévouement à la cause de la liberté constituent un exemple impérissable pour les générations présentes et futures. En ce 30e anniversaire de sa disparition, la Ville d’Ajaccio tient à rendre hommage à ce héros de la Résistance qui choisit, aux heures les plus sombres de notre histoire, le camp de la liberté et de la dignité humaine. Son nom reste indissociable de la libération de la Corse, premier territoire français affranchi du joug nazi, et son souvenir continue d’éclairer le chemin de celles et ceux qui, aujourd’hui encore, refusent l’injustice et l’oppression.